
L’art de l’essentialisme émotionnel
Pendant longtemps, j’ai cru que dire « oui » était une preuve de générosité. Oui aux projets, oui aux invitations, oui aux sollicitations, oui à tout et à tout le monde pour faire plaisir. Puis un jour, je me suis sentie drainée par ce trop pour les autres qui me prenait tout mon temps et beaucoup d’énergie. J’ai compris que je ne manquais pas de temps — je manquais de respiration personnelle. C’est là que j’ai commencé à pratiquer ce que j’appelle aujourd’hui l’art de l’essentialisme émotionnel.
Nous avons appris à organiser nos espaces, à trier nos placards (c’est tendance, n’est-ce pas Marie Kondo ?), à désencombrer nos maisons. Mais avons-nous appris à épurer nos engagements ? Pas si sûr si on regarde nos agendas ou la liste des notifications qui poppent sans arrêt sur notre téléphone (on en parle des groupes What’s App pour tout et n’importe quoi ? )… Plus les listes sont longues, plus les “oui” s’accumulent alors forcément on finit par fatiguer face à l’assaut incessant 7/7j.
L’essentialisme émotionnel n’est pas une tendance. C’est devenu une simple pratique intérieure. Un art délicat qui consiste à choisir avec conscience où nous déposons notre énergie affective. Et qu’est ce que ça repose !! Depuis que je me suis penchée sérieusement sur la question, j’ai intégré que dire « non » c’est souvent se dire « oui » à soi-même. Certes, il faut apprendre à dire « non » face à la peur de décevoir, de culpabiliser, d’être jugée égoïste. Débloquer la croyance ancrée depuis l’enfance que dire « oui », c’est être plus poli, plus gentil, plus aimable — tandis que dire « non » serait égoïste, mal élevé ou blessant. À force d’associer le refus au rejet et l’acceptation à l’amour, nous grandissons en privilégiant l’approbation des autres au détriment de nos propres limites, jusqu’à ne plus savoir dire « non » pour nous préserver.

Essentialisme émotionnel ou identifier ce qui nous épuise vraiment
Nous nous sommes souvent habituées à accepter plus que nous ne pouvions réellement porter. Résultat : fatiguées par le travail, les obligations familiales ou le rythme quotidien, toujours à courir après le temps. Mais si la vraie fatigue venait de nos engagements invisibles ?
- Le repas de famille auquel on va par habitude
- Ce projet que l’on accepte par réflexe, par peur d’être mal jugé en cas de refus
- Un service que nous rendons “parce que on est comme ça”.
- Cette invitation acceptée sans réfléchir et dont on ne sait plus se dégager
Je me suis rendu compte un jour que je n’étais pas débordée… j’étais dispersée.
Ce n’était pas la quantité de choses à faire qui m’épuisait. C’était le nombre de micro engagements émotionnels que je portais. Bien sûr, il ne s’agit pas de tout remettre en question. Plutôt se concentrer.

Essentialisme émotionnel ou faire la différence entre loyauté et alignement
L’art de l’essentialisme émotionnel consiste à se poser cette question avec douceur : est-ce que cet engagement correspond encore à celle que je suis devenue ? Au fil du temps, nous confondons souvent fidélité et fidélité à soi. Ce qui a été ne correspond plus toujours à celle qu’on est devenue.
Certaines relations nous ont construites. Certains engagements ont été justes à un moment donné. Mais nous évoluons. Rester engagée par habitude n’est pas toujours une preuve de constance. Parfois, c’est une peur déguisée. Peur de décevoir. Peur d’être mal comprise. Peur d’être perçue comme distante.
Je pense à cette période où, dans mon travail, j’étais très souvent force de proposition. Celle qui lançait les idées, qui relançait les projets. Au début, cela me stimulait profondément — puis, sans que je m’en rende compte, c’est devenu une attente implicite, presque une étiquette. Je continuais à proposer, à porter, à dynamiser… alors que je me sentais de plus en plus fatiguée intérieurement. Le jour où j’ai décidé de ne pas combler un silence en réunion, de ne pas reprendre un projet supplémentaire, j’ai ressenti un sentiment étrange de liberté d’être vraiment moi. Et j’ai compris que je n’avais pas à être en permanence l’élan des autres pour mériter ma place. Ce n’était pas un rejet. C’était un ajustement.
Dire non sans se durcir
En tant que mère, fille, amie, collègue, nous avons appris à être généreuses. Disponibles. Fiables. Mais rarement à être sélectives. Dire « non » c’est simplement respecter sa capacité à encaisser, à absorber. Ce n’est pas de l’indifférence ou de la distance. C’est du respect pour les autres car moins nous nous engageons, plus nos engagements tiennent la route car ils sont choisis et non subis. C’est surtout du respect pour soi-même : moins de frustration, moins d’irritation (vous savez celle que l’on ressent quand on se demande pourquoi on a accepté un truc qui ne nous correspond pas du tout). Parce que vous n’êtes plus partout à la fois sans y être vraiment. Vous êtes là au bon endroit. Point.
Dire non n’est pas fermer une porte, c’est choisir celles que l’on souhaite vraiment ouvrir.

L’essentialisme émotionnel n’est pas un repli sur soi
C’est une forme de maturité.
- Moins d’engagements dispersés
- Plus de présence choisie
- Moins de culpabilité
- Plus de cohérence
L’essentialisme émotionnel n’est pas un repli sur soi. C’est une forme de maturité.
- Moins d’engagements dispersés
- Plus de présence choisie
- Moins de culpabilité
- Plus de cohérence
Et peut-être, au bout du chemin, une élégance rare (ça parle bien à mon ascendant Balance) : celle d’une vie relationnelle qui respecte notre énergie autant que notre identité.
Un abbraccio
